Announcing Creolized Aurality

Self-promotion doesn’t come easy to me, so it is with both a bit of pleasure and a lot of reluctance that I announce that my book Creolized Aurality will come out this Spring with the University of Chicago Press. It is a great honor to have my work sit in the same collection as so many of the titles that have inspired me since I started doing research on Caribbean music.

Je ne suis pas du genre à vanter mon travail. C’est donc avec un peu de plaisir et pas de réticence que j’annonce la sortie ce printemps de mon livre, Creolized Aurality, publié par la University of Chicago Press. C’est un grand honneur que de voir mon livre publié dans la même collection que tant d’autres titres qui m’ont inspiré depuis que j’ai commencé ma recherche sur les musiques de la Caraïbe.

Camal Revised Cover Final

From the press catalog:

In the Caribbean island of Guadeloupe, the complex interplay between anticolonial resistance and accommodation resounds in its music. Guadeloupean gwoka music—a secular, drum-based tradition—captures the entangled histories of French colonization, movements against it, and the uneasy process of the island’s decolonization as an overseas territory of France. In Creolized Auralities, Jérôme Camal demonstrates that musical sounds and practices express the multiple—and often seemingly contradictory—cultural belonging and political longings that characterize postcoloniality. While gwoka has been associated with anti-colonial activism since the 1960s, in more recent years it has provided a platform for a cohort of younger musicians to express pan-Caribbean and diasporic solidarities. This generation of musicians even worked through the French state to gain UNESCO heritage status for their art. These gwoka practices, Camal argues, are “creolized auralities”—expressions of a culture both of and against French coloniality and postcoloniality.

 

Quelques notes de musique pour les 40 ans d’Akiyo

Je suis très honoré que François Ladrezeau m’ait invité à le rejoindre sur cette composition originale. Le morceau fait partie du dernier coffret du collectif Akiyo. Le coffret contient quarante morceaux pour fêter les quarante ans du groupe. Pour ceux qui ne connaissent pas, Akiyo est un des groupes de carnaval les plus importants de Guadeloupe, mais c’est bien plus que ça. C’est une institution et une force culturelle.

I am very honored that François Ladrezeau asked me to join him on this original composition. This song is part of a new box set celebrating the 40-year anniversary of Akiyo. For those who don’t know, Akiyo is one of the foremost carnival groups in Guadeloupe, but it is more than that. It is an institution and a cultural force.

L’intégral de l’album est disponible sur iTunes.

Congratulations to Yarimar Bonilla !

Congratulations to anthropologist Yarimar Bonilla (Rutgers University), who has just won a 2018 Andrew Carnegie Mellon fellowship to write her next book about disaster recovery in Puerto Rico after Hurricane Maria. According to El Nuevo Día, Bonilla is the first Puerto Rican to win this prestigious award. The Andrew Carnegie Fellows Program provides support for high-caliber […]

via Yarimar Bonilla: Carnegie Mellon Fellow — Repeating Islands

Pas de peaux: De la matérialité du patrimoine immatériel

J’ai demandé à Félix Flauzin si il avait des tambours disponibles à l’achat. Flauzin est un artisan dont les innovations et la qualité de son travail ont assis la réputation. Il m’a répondu que non, il n’avait pas de tambours. Le problème, m’a-t-il dit, c’est qu’il n’y a pas assez de peaux de cabris disponibles en Guadeloupe et que les nouvelles règles phyto-sanitaires rendent la situation plus difficile. Flauzin résume ainsi le problème: “On a le bois : on sait où l’acheter et comment le faire venir. On a les machines pour le travailler. Mais on ne peut pas trouver de peaux. Alors on ne peut pas faire de tambour.” Le problème est en fait d’une grande complexité qui éclaire bien les enchevêtrements politiques et économiques post-coloniaux qui affectent la Guadeloupe. Le problème illustre aussi parfaitement la matérialité du patrimoine culturel immatériel (PCI) et la difficulté de construire un développement économique autour du PCI.
Selon Flauzin, 70 à 80% des peaux de cabris disponibles sont utilisées pour les tambours de mas, ce qui en laisse très peu pour les tambours qu’il a appelé “traditionnels”, c’est à dire les tambours gwoka. Les tambours de mas utilisent beaucoup de peaux: ils sont joués avec des baguettes et donc sont plus à même d’être percés.  Pour faire face à la demande, il y aurait plusieurs solutions. La première—et probablement la plus simple—consisterait à importer des peaux de l’étranger, en particulier de Haiti. Mais pour le moment, le plus gros importateur et revendeur de peaux pour tambours en France se trouve à Paris. Cela voudrait dire que les fabricants guadeloupéens auraient à se fournir chez cet intermédiaire métropolitain. Le problème est que chaque artisan, individuellement, n’a pas une demande suffisante pour pouvoir établir une relation commerciale directe avec les fabricants de peaux à Haiti. Ils serait donc nécessaire que les artisans s’organisent pour acheter ensemble des peaux directement depuis Haiti. Cela demande une grosse organisation en terme de capital mais aussi en termes administratifs puisqu’il faudrait s’assurer que la production et l’importation des peaux soient conforment aux réglementations françaises et européennes.
La deuxième solution serait d’augmenter la production locale. Il y a là deux problèmes: un d’aspect réglementaire, l’autre d’aspect économique. La production de peaux de cabris est bien sur liée à l’élevage de cabris, une activité qui ne bénéficie pas de soutient et qui souffre du changement des habitudes alimentaires dans l’archipel où les poulets et ailes de dinde importés sont plus en demande que la viande de cabri. La demande de cuir de cabri est aussi trop basse pour justifier une augmentation de l’élevage des ces animaux. Le cuir bovin est plus populaires et de toute façon les producteurs locaux ne peuvent pas faire concurrence à l’offre de pays exportateur de cuir et de maroquinerie tel la France, l’Italie, ou la Thaïlande, selon les exemples cité par Flauzin. De plus, la production de peaux de cabris pour son utilisation dans la fabrication ou la réparation de tambour exigerait le développement de tanneries. Il fut un temps où les fabricants de tambour tannaient leurs propres peaux mais cette activité est maintenant très réglementée dû au potentiel rejet de matières organiques ou de produits chimiques dans les cours d’eau. Ces réglementations sont trop lourdes pour que chaque artisan produise ses propres peaux mais on pourrait envisager une production centralisée pour l’ensemble de l’archipel, d’autant plus que la Grande Terre est riche en calcaire, ce qui permettrait la fabrication locale de chaux. Ensuite, il serait possible, selon Flauzin, d’utiliser des systèmes de filtrations des eaux pour limiter les risques de contaminations organiques ou chimiques. Mais on peut aussi se demander si une exploitation de ce type, avec une production relativement limitée, ne pourrait pas bénéficier de dérogations? Après tout, de telles dérogations ont bien été utilisé pour permettre l’utilisation du chlordécone jusqu’en 1993, soit trois ans après son interdiction en métropole, une décision scandaleuse dont on connait les conséquences catastrophiques. Pourquoi un état qui permet des dérogations—même meurtrière—pour la culture de la banane ne pourrait pas permettre d’autres accommodations afin de soutenir un autre type de production économique local?
La question est importante. L’inscription du gwoka sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2014 laisse espérer que la musique peut servir de moteur économique à la Guadeloupe. Mais le plus souvent, ceci est envisagé avant tout en terme de développement touristique ou de visibilité des artistes guadeloupéens sur les scènes musicales internationales. Flauzin suggère le développement d’une autre activité économique qui, elle, permettrait de sortir de la seule exploitation de resources humaines (dans ce cas artistique) et de soutenir une activité de production matérielle de commodités destinées à la consommation locale et, potentiellement, à l’export. Manque de peaux: ceci semble bien difficile.

Mai 67 dans France-Antilles

A la sortie de ce weekend de commémorations, je suis frappé par le contraste du traitement des événements de Mars et Mai 1967 dans France-Antilles. Cette année, la une du journal du 26 Mai est directe, présentant un dossier spécial de 8 pages sur “le dernier massacre de la Vème République.”

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Pourtant, il y a 50 ans, le ton était assez différent. Malheureusement, les pages traitant directement des événements de Mai 67 dans France-Antilles avaient été arrachées lorsque je suis allé consulté les archives du journal aux Archives départementales de Guadeloupe en 2009. Mais cette couverture au ton triomphaliste datant du 13 juin 1967 illustre parfaitement l’attitude éditoriale du journal à l’époque.

Mai 67 GONG

Le gouvernement français cherchait-il effectivement à “décapiter” le GONG au travers la repression meurtrière des manifestations de Mai 67, comme le laisse entendre ce titre et l’assassinat de Jack Nestor par un sniper? On ne le saura sans doute jamais.

Si France-Antilles se met du côté des commémorations aujourd’hui, il serait aussi bon que le journal se penche sur sa propre histoire et son rôle dans la défense du status-quo politique en Guadeloupe.