Announcing Creolized Aurality

Self-promotion doesn’t come easy to me, so it is with both a bit of pleasure and a lot of reluctance that I announce that my book Creolized Aurality will come out this Spring with the University of Chicago Press. It is a great honor to have my work sit in the same collection as so many of the titles that have inspired me since I started doing research on Caribbean music.

Je ne suis pas du genre à vanter mon travail. C’est donc avec un peu de plaisir et pas de réticence que j’annonce la sortie ce printemps de mon livre, Creolized Aurality, publié par la University of Chicago Press. C’est un grand honneur que de voir mon livre publié dans la même collection que tant d’autres titres qui m’ont inspiré depuis que j’ai commencé ma recherche sur les musiques de la Caraïbe.

Camal Revised Cover Final

From the press catalog:

In the Caribbean island of Guadeloupe, the complex interplay between anticolonial resistance and accommodation resounds in its music. Guadeloupean gwoka music—a secular, drum-based tradition—captures the entangled histories of French colonization, movements against it, and the uneasy process of the island’s decolonization as an overseas territory of France. In Creolized Auralities, Jérôme Camal demonstrates that musical sounds and practices express the multiple—and often seemingly contradictory—cultural belonging and political longings that characterize postcoloniality. While gwoka has been associated with anti-colonial activism since the 1960s, in more recent years it has provided a platform for a cohort of younger musicians to express pan-Caribbean and diasporic solidarities. This generation of musicians even worked through the French state to gain UNESCO heritage status for their art. These gwoka practices, Camal argues, are “creolized auralities”—expressions of a culture both of and against French coloniality and postcoloniality.

 

Pas de peaux: De la matérialité du patrimoine immatériel

J’ai demandé à Félix Flauzin si il avait des tambours disponibles à l’achat. Flauzin est un artisan dont les innovations et la qualité de son travail ont assis la réputation. Il m’a répondu que non, il n’avait pas de tambours. Le problème, m’a-t-il dit, c’est qu’il n’y a pas assez de peaux de cabris disponibles en Guadeloupe et que les nouvelles règles phyto-sanitaires rendent la situation plus difficile. Flauzin résume ainsi le problème: “On a le bois : on sait où l’acheter et comment le faire venir. On a les machines pour le travailler. Mais on ne peut pas trouver de peaux. Alors on ne peut pas faire de tambour.” Le problème est en fait d’une grande complexité qui éclaire bien les enchevêtrements politiques et économiques post-coloniaux qui affectent la Guadeloupe. Le problème illustre aussi parfaitement la matérialité du patrimoine culturel immatériel (PCI) et la difficulté de construire un développement économique autour du PCI.
Selon Flauzin, 70 à 80% des peaux de cabris disponibles sont utilisées pour les tambours de mas, ce qui en laisse très peu pour les tambours qu’il a appelé “traditionnels”, c’est à dire les tambours gwoka. Les tambours de mas utilisent beaucoup de peaux: ils sont joués avec des baguettes et donc sont plus à même d’être percés.  Pour faire face à la demande, il y aurait plusieurs solutions. La première—et probablement la plus simple—consisterait à importer des peaux de l’étranger, en particulier de Haiti. Mais pour le moment, le plus gros importateur et revendeur de peaux pour tambours en France se trouve à Paris. Cela voudrait dire que les fabricants guadeloupéens auraient à se fournir chez cet intermédiaire métropolitain. Le problème est que chaque artisan, individuellement, n’a pas une demande suffisante pour pouvoir établir une relation commerciale directe avec les fabricants de peaux à Haiti. Ils serait donc nécessaire que les artisans s’organisent pour acheter ensemble des peaux directement depuis Haiti. Cela demande une grosse organisation en terme de capital mais aussi en termes administratifs puisqu’il faudrait s’assurer que la production et l’importation des peaux soient conforment aux réglementations françaises et européennes.
La deuxième solution serait d’augmenter la production locale. Il y a là deux problèmes: un d’aspect réglementaire, l’autre d’aspect économique. La production de peaux de cabris est bien sur liée à l’élevage de cabris, une activité qui ne bénéficie pas de soutient et qui souffre du changement des habitudes alimentaires dans l’archipel où les poulets et ailes de dinde importés sont plus en demande que la viande de cabri. La demande de cuir de cabri est aussi trop basse pour justifier une augmentation de l’élevage des ces animaux. Le cuir bovin est plus populaires et de toute façon les producteurs locaux ne peuvent pas faire concurrence à l’offre de pays exportateur de cuir et de maroquinerie tel la France, l’Italie, ou la Thaïlande, selon les exemples cité par Flauzin. De plus, la production de peaux de cabris pour son utilisation dans la fabrication ou la réparation de tambour exigerait le développement de tanneries. Il fut un temps où les fabricants de tambour tannaient leurs propres peaux mais cette activité est maintenant très réglementée dû au potentiel rejet de matières organiques ou de produits chimiques dans les cours d’eau. Ces réglementations sont trop lourdes pour que chaque artisan produise ses propres peaux mais on pourrait envisager une production centralisée pour l’ensemble de l’archipel, d’autant plus que la Grande Terre est riche en calcaire, ce qui permettrait la fabrication locale de chaux. Ensuite, il serait possible, selon Flauzin, d’utiliser des systèmes de filtrations des eaux pour limiter les risques de contaminations organiques ou chimiques. Mais on peut aussi se demander si une exploitation de ce type, avec une production relativement limitée, ne pourrait pas bénéficier de dérogations? Après tout, de telles dérogations ont bien été utilisé pour permettre l’utilisation du chlordécone jusqu’en 1993, soit trois ans après son interdiction en métropole, une décision scandaleuse dont on connait les conséquences catastrophiques. Pourquoi un état qui permet des dérogations—même meurtrière—pour la culture de la banane ne pourrait pas permettre d’autres accommodations afin de soutenir un autre type de production économique local?
La question est importante. L’inscription du gwoka sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2014 laisse espérer que la musique peut servir de moteur économique à la Guadeloupe. Mais le plus souvent, ceci est envisagé avant tout en terme de développement touristique ou de visibilité des artistes guadeloupéens sur les scènes musicales internationales. Flauzin suggère le développement d’une autre activité économique qui, elle, permettrait de sortir de la seule exploitation de resources humaines (dans ce cas artistique) et de soutenir une activité de production matérielle de commodités destinées à la consommation locale et, potentiellement, à l’export. Manque de peaux: ceci semble bien difficile.

Mai 67 dans France-Antilles

A la sortie de ce weekend de commémorations, je suis frappé par le contraste du traitement des événements de Mars et Mai 1967 dans France-Antilles. Cette année, la une du journal du 26 Mai est directe, présentant un dossier spécial de 8 pages sur “le dernier massacre de la Vème République.”

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Pourtant, il y a 50 ans, le ton était assez différent. Malheureusement, les pages traitant directement des événements de Mai 67 dans France-Antilles avaient été arrachées lorsque je suis allé consulté les archives du journal aux Archives départementales de Guadeloupe en 2009. Mais cette couverture au ton triomphaliste datant du 13 juin 1967 illustre parfaitement l’attitude éditoriale du journal à l’époque.

Mai 67 GONG

Le gouvernement français cherchait-il effectivement à “décapiter” le GONG au travers la repression meurtrière des manifestations de Mai 67, comme le laisse entendre ce titre et l’assassinat de Jack Nestor par un sniper? On ne le saura sans doute jamais.

Si France-Antilles se met du côté des commémorations aujourd’hui, il serait aussi bon que le journal se penche sur sa propre histoire et son rôle dans la défense du status-quo politique en Guadeloupe.

Débat autour de la mémorialisation de l’esclavage en France : le point de vue de Myriam Cottias

Depuis plusieurs années déjà a lieu un débat autour de la mémorialisation de l’esclavage au sein de la république française. Si la loi Taubira de 2001 représentait une étape importante, elle n’a pas mis fin aux controverses, bien au contraire. En effet, la semaine dernière, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture un amendement créant non pas une, mais deux dates commémoratives. Dans l’article si dessous, Myriam Cottias (directrice de recherche au CNRS, ancienne présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage) revient sur cette manœuvre politique qui frappe au cœur des enjeux de représentations postcoloniaux et expose les idéologies qui l’informent.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/10/11/l-histoire-de-l-esclavage-et-de-la-france-un-grand-marche_5011688_3232.html

Départementalisation: 70 years ago

Today marks the anniversary of the departmentalization of France’s “old colonies”: Guiana, Martinique, Guadeloupe, and Réunion.

Une France Antilles DepartementalisationFrance-Antilles—a newspaper created under the aegis of De Gaulle to promote assimilation in the face of growing discontent—is celebrating with a front page illustration that says much about its editorial line.

But I am not interested this particular polemic at the moment. Rather, I’d like to use this opportunity to share a bit more of my manuscript in progress. Here is the section where I discuss political integration as an example of what Glissant calls the détour.

Glissant defines the détour in opposition to the retour, terms that Dash translates as diversion and reversion (Glissant 1999). The détour results from the impossibility of a colonial community to actualize itself in practice, to accept its ruptures from the past, and to heal its internal divisions. Furthermore, the détour is symptomatic of a system of domination that is so pervasive that it becomes invisible, forcing the subaltern community to seek the principle of domination elsewhere (Glissant 1997a, 48-57). The détour is both tactical and ambiguous. As Britton explains, “it is essentially an indirect mode of resistance that ‘gets around’ obstacles rather than confronting them head on.” The détour is a trick but, as Britton remarks, “it is itself marked with the alienation it is trying to combat.” She adds: “It is both an evasion of the real situation and an obstinate effort to find a way around it” (1999, 25).

Michel-Rolph Trouillot (2002) locates the origins of the détour in the everyday acts of petit marronnage at the edges of the plantation. While, in theory, the plantation was an absolute system of domination, in its actual instantiations, the system contained many interstices, cracks that slaves could exploit to manipulate the system from within. Trouillot explains: “And as slaves repeated such manipulations—on the one hand acknowledging the system, on the other circumventing its actualization in carefully chosen instances—they solidified the détour, the social time and space they controlled on the edges of the plantations” (202). It is through the creative manipulation of these openings that slaves were able to develop Creole languages, music, and religions; cultural practices that would come to shape not only their own environment but also that of their overseers. Trouillot concludes: “This creation was possible because slaves found a fertile ground in the interstices of the system, in the attitude provided by the inherent contradictions between that system and specific plantations” (202). There is, of course, a strong parallel between Hesse’s macro-level analysis of a creolized political and Trouillot’s micro-level analysis of what I see as the roots of an always already creolized anti- or postcolonial politics.

Glissant points to Césaire’s négritude as an aesthetic expression of the détour. Yet he does not connect it to Césaire’s politics, probably because they were at odds with his own, or at least with his politics at the time he wrote Le Discours antillais, a book still steeped in separatist longings. Césaire has often been criticized for what many perceived as the contradictions between his artistic production and his politics, between his radical Discours sur le colonialisme (2004) and his support for political assimilation, and—as was the case for Guadeloupean separatists in the 1970s—the tensions between the racial solidarities of his pan-Africanism and the class solidarities of communism. However, Wilder’s revisionist intervention (2015) demonstrates that these various strains of Césaire’s activity all participate in a consistent exploration of the fundamental problems of decolonization. First, the experiences of the French and Haitian revolutions had clearly demonstrated that, as long as Caribbean economies remained tied to capitalist regimes, republicanism alone could not ensure actual freedom: capitalist exploitation would always mollify political emancipation. Second was the realization that, as much as the French Antilles were constitutive parts of the French Republic, French culture played a significant part in Antillean life. From this perspective, it is possible to see the 1946 law of departmentalization as a profoundly practical political move, both from metropolitan and Antillean perspectives. It was simultaneously a testimony of the strength of Jacobinical ideology (radical egalitarianism within an indivisible territory) in French politics and an illustration of the politics of the détour.

For metropolitan Gaullists, the full incorporation of the French Antilles into the Republic preserved the integrity of its territory and participated in a broader effort to reconfigure France’s empire after a war that had weakened its own sovereignty. It also asserted France’s presence in the Western hemisphere, an especially salient issue given growing American influence on the region during the Cold War and, more directly, the United States’ direct input in French economic and political matters following World War II. More importantly, it preserved the French Antilles as a source of cheap labor and as a protected consumer market. Indeed, Antillean immigrants, funneled through the BUMIDOM (Bureau pour le développement des Migrations dans les Départements d’Outre Mer), contributed significantly to the metropolitan economic growth during the trente glorieuses (see chapter 3).

Conversely, for socialist and communist Antillean politicians such as Césaire, the 1946 law of departmentalization not only represented a victory against the white plantocracy but, at a time when the Antillean economy was crumbling, political incorporation also promised to bring greater social protection and higher wages to the islands. Finally, socialist politicians hoped that the French government—which after the war was dominated by socialist and communist forces—would move to save the ailing sugar industry by nationalizing it (Adélaïde-Merlande 2002, 80-82; Hintjens 1995, 24-25). In defending the proposed legislation, Césaire made an appeal to French political traditions and to the legacy of the Revolution (Miles 2001; Wilder 2015, chapter five). In other words, he worked within the French political structure, exposed its inconsistencies, and managed to transform it: a classic example of the poetics and politics of the détour. Conceptualized as a détour, the law of departmentalization overcomes its apparent contradictions. Rather than a politics of assimilation, it is revealed as a practical demand for “unconditional legal equality” within the French state (Wilder 2015, 106). Tied to this demand was a radical, if utopian, effort to redefine France itself as a postnational state (Wilder 2015, 199). The détour also helps us understand what Jean-Claude William (1997, 315) sees as the two contradictory impulses within Antillean “desire for reconnaissance (recognition)”: a “mimetic impulse” on one hand and an “affirmation of difference” on the other. We will return to the concept of reconnaissance and the détour in chapter 7. For now, it is important to note that Césaire’s ontological project—to redefine France and Antilleans’ position within it—is unfinished. To a great extent, it is its aftermath that I attempt to capture through the concept of Creole postnationalism.

References

Adélaïde-Merlande, Jacques. 2002. Histoire contemporaine de la Caraïbe et des Guyanes, de 1945 à nos jours. Paris: Karthala.

Britton, Celia. 1999. Edouard Glissant and Postcolonial Theory: Strategies of Language and Resistance. Charlottesville, Va.: University Press of Virginia.

Glissant, Edouard. 1997a. Discours Antillais. Folio Essais. Paris: Gallimard.

Glissant, Edouard. 1999. Caribbean Discourse: Selected Essays. Trans. by Dash, J. Michael. 3rd Printing. Charlottesville: University of Virginia Press.

Hintjens, Helen. 1995. “Constitutional and Political Change in the French Caribbean.” In French and West Indian: Martinique, Guadeloupe, and Guiana Today, edited by Richard D.E. Burton, and Fred Reno. 20–33. London: Macmillan.

Miles, William. 2001. “Fifty Years of Assimilation: Assessing France’s Experience of Caribbean Decolonisation Through Administrative Reform.” In Islands At the Crossroads: Politics in the Non-Independent Caribbean, edited by Aarón Gamaliele Ramos, and Angel Israel Rivera. 45–60. Kingston, Jamaica: Ian Randle Publishers.

Trouillot, Michel-Rolph. 2002. “Culture on the Edges: Caribbean Creolization in Historical Context.” In From the Margins: Historical Anthropology and Its Futures, edited by Brian Keith Axel. 189–210. Durham, NC: Duke University Press.

Wilder, Gary. 2015. Freedom Time: Négritude, Decolonization, and the Future of the World. Durham, NC: Duke University Press.

William, Jean-Claude. 1997. “Aimé Césaire: les contrariétés de la conscience nationale.” In 1946-1996: Cinquante ans de départementalisation outre-mer, edited by Fred Constant, and Justin Daniel. 315–34. Paris: L’Harmattan.