Pas de peaux: De la matérialité du patrimoine immatériel

J’ai demandé à Félix Flauzin si il avait des tambours disponibles à l’achat. Flauzin est un artisan dont les innovations et la qualité de son travail ont assis la réputation. Il m’a répondu que non, il n’avait pas de tambours. Le problème, m’a-t-il dit, c’est qu’il n’y a pas assez de peaux de cabris disponibles en Guadeloupe et que les nouvelles règles phyto-sanitaires rendent la situation plus difficile. Flauzin résume ainsi le problème: “On a le bois : on sait où l’acheter et comment le faire venir. On a les machines pour le travailler. Mais on ne peut pas trouver de peaux. Alors on ne peut pas faire de tambour.” Le problème est en fait d’une grande complexité qui éclaire bien les enchevêtrements politiques et économiques post-coloniaux qui affectent la Guadeloupe. Le problème illustre aussi parfaitement la matérialité du patrimoine culturel immatériel (PCI) et la difficulté de construire un développement économique autour du PCI.
Selon Flauzin, 70 à 80% des peaux de cabris disponibles sont utilisées pour les tambours de mas, ce qui en laisse très peu pour les tambours qu’il a appelé “traditionnels”, c’est à dire les tambours gwoka. Les tambours de mas utilisent beaucoup de peaux: ils sont joués avec des baguettes et donc sont plus à même d’être percés.  Pour faire face à la demande, il y aurait plusieurs solutions. La première—et probablement la plus simple—consisterait à importer des peaux de l’étranger, en particulier de Haiti. Mais pour le moment, le plus gros importateur et revendeur de peaux pour tambours en France se trouve à Paris. Cela voudrait dire que les fabricants guadeloupéens auraient à se fournir chez cet intermédiaire métropolitain. Le problème est que chaque artisan, individuellement, n’a pas une demande suffisante pour pouvoir établir une relation commerciale directe avec les fabricants de peaux à Haiti. Ils serait donc nécessaire que les artisans s’organisent pour acheter ensemble des peaux directement depuis Haiti. Cela demande une grosse organisation en terme de capital mais aussi en termes administratifs puisqu’il faudrait s’assurer que la production et l’importation des peaux soient conforment aux réglementations françaises et européennes.
La deuxième solution serait d’augmenter la production locale. Il y a là deux problèmes: un d’aspect réglementaire, l’autre d’aspect économique. La production de peaux de cabris est bien sur liée à l’élevage de cabris, une activité qui ne bénéficie pas de soutient et qui souffre du changement des habitudes alimentaires dans l’archipel où les poulets et ailes de dinde importés sont plus en demande que la viande de cabri. La demande de cuir de cabri est aussi trop basse pour justifier une augmentation de l’élevage des ces animaux. Le cuir bovin est plus populaires et de toute façon les producteurs locaux ne peuvent pas faire concurrence à l’offre de pays exportateur de cuir et de maroquinerie tel la France, l’Italie, ou la Thaïlande, selon les exemples cité par Flauzin. De plus, la production de peaux de cabris pour son utilisation dans la fabrication ou la réparation de tambour exigerait le développement de tanneries. Il fut un temps où les fabricants de tambour tannaient leurs propres peaux mais cette activité est maintenant très réglementée dû au potentiel rejet de matières organiques ou de produits chimiques dans les cours d’eau. Ces réglementations sont trop lourdes pour que chaque artisan produise ses propres peaux mais on pourrait envisager une production centralisée pour l’ensemble de l’archipel, d’autant plus que la Grande Terre est riche en calcaire, ce qui permettrait la fabrication locale de chaux. Ensuite, il serait possible, selon Flauzin, d’utiliser des systèmes de filtrations des eaux pour limiter les risques de contaminations organiques ou chimiques. Mais on peut aussi se demander si une exploitation de ce type, avec une production relativement limitée, ne pourrait pas bénéficier de dérogations? Après tout, de telles dérogations ont bien été utilisé pour permettre l’utilisation du chlordécone jusqu’en 1993, soit trois ans après son interdiction en métropole, une décision scandaleuse dont on connait les conséquences catastrophiques. Pourquoi un état qui permet des dérogations—même meurtrière—pour la culture de la banane ne pourrait pas permettre d’autres accommodations afin de soutenir un autre type de production économique local?
La question est importante. L’inscription du gwoka sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2014 laisse espérer que la musique peut servir de moteur économique à la Guadeloupe. Mais le plus souvent, ceci est envisagé avant tout en terme de développement touristique ou de visibilité des artistes guadeloupéens sur les scènes musicales internationales. Flauzin suggère le développement d’une autre activité économique qui, elle, permettrait de sortir de la seule exploitation de resources humaines (dans ce cas artistique) et de soutenir une activité de production matérielle de commodités destinées à la consommation locale et, potentiellement, à l’export. Manque de peaux: ceci semble bien difficile.

Bonne année: Lettre ouverte à mes amis Guadeloupéens

Bonjour à tous!

Cela fait déjà six mois que je n’ai rien ajouté sur ce blog, au point où certains pourraient se demander si je n’avais pas tout simplement abandonner mes efforts. Il n’en est rien. La Guadeloupe, et la Caraïbe plus généralement, continuent d’être au centre de mes activités professionnelles, aussi bien au niveau de la recherche que de l’enseignement. Faisons le point.

L’année 2013 a été pleine de changements pour moi, le plus important étant ma nomination au poste d’assistant professor dans le département d’anthropologie à l’Université du Wisconsin-Madison. Suite à ma visite en Guadeloupe en Juillet, j’ai donc quitté, non sans quelques regrets, Los Angeles et UCLA et pris la longue route vers les Grands Lacs. La transition n’a pas été sans peine: nouveau boulot, nouvelle ville, nouveau climat, mais aussi, et c’est plus important, nouvelle discipline. N’ayant pas, à la base une formation d’anthropologue, il m’a fallu m’ajuster à de nouvelles façons de faire les choses, de nouvelles perspectives et de nouvelles conversations. Plus concrètement, il me faut maintenant créer de nouveaux cours qui ne portent pas nécessairement sur la musique. Comme vous pouvez l’imaginer tout cela ouvre l’esprit, crée de nouvelles opportunités, mais aussi prend du temps, ce qui m’a forcé à mettre de côté ce blog pour quelques mois.

Cependant la recherche continue. J’ai participé à un panel sur le patrimonialisation de la culture au congrès annuel de l’American Anthropological Association au mois de novembre à Chicago. Ma communication portait sur la dimension politique de l’inscription du gwoka sur la liste du PCI de l’UNESCO. Elle devrait débaucher sur un article pour la revue Journal of Heritage Studies. Je vous donnerai plus de détails dans un futur post.

Ma participation à AAA m’a aussi permis de renouer le dialogue avec l’anthropologue Yarimar Bonilla et ensemble de réfléchir sur la situation politique de la Guadeloupe et des autres territoires non-indépendents de la Caraïbe. Lors d’une excellent communication, Yari a posé la question suivante: « Peut-on envisager une forme de souveraineté pour les territoires colonisés qui ne soit pas forcément lié à la création d’un état-nation indépendant? » Je suis convaincu que la Guadeloupe, et plus particulièrement toutes les activités et débats autour du gwoka, offrent des pistes pour répondre à cette question. Je suis donc en train de l’intégrer cette à mon travail de rédaction de mon livre sur le gwoka qui va présenter son évolution comme expression d’abord nationaliste puis post-nationaliste, par quoi j’entend prendre en compte à la fois le désir d’établir une nation Guadeloupéenne et la réalité d’une appartenance à – et d’une dépendance envers – l’état français. La Guadeloupe peut-elle exister en temps que nation au sein de l’état français?

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé d’écrire et de publier en français. Vous serez content d’apprendre que j’ai accepté d’écrire deux chapitres pour une Anthologie de la musique guadeloupéenne, publiée sous l’égide du Conseil Regional. Ces chapitres vont présenter deux aspects de ma recherche. Le premier porte sur le gwoka et le mouvement indépendantiste, mettant l’accent sur le travail novateur de Gérard Lockel. Le second se penche sur les liens, contestés ou revendiqués, entre le gwoka et le jazz au sein de ce que Paul Gilroy appelle l’Atlantique Noir.

Sinon, j’ai aussi des projets pour ce blog. En juillet dernier, Marie-Héléna Laumuno a accepté de faire un entretien avec moi où elle présente son travail sur le gwoka. Cet entretien sera publié ici prochainement. J’ai aussi un projet d’écrire un court essai qui reprenne les thèmes de l’article de Richard Price sur les petits lolos et la mondialisation. Qu’en est-il au 21eme siècle, alors que les grandes surfaces se multiplient en Guadeloupe et en Martinique et que la consommation est au centre des revendications sociales?

Voilà pour mes projets. Comme j’espère vous pouvez le voir, la Guadeloupe est peut être loin mais elle reste – et vous tous avec elle – au centre de mes préoccupations et de ma vie quotidienne. Je vous souhaite donc à tous une très bonne année en espérant qu’elle sera pleine d’opportunités pour nous de renouveler le dialogue que nous avons commencé il y a maintenant six ans lors de ma première visite à Sainte Anne.

(Pas si) Bref compte-rendu des Rencontres d’Ethnomusicologie, 11-13 juillet 2013

Quelle semaine! Entre les rencontres d’ethnomusicologie et le festival gwoka, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour dormir. Mais franchement, qui voudrait dormir quand on peut, à la place, passer sa nuit dans une swaré léwòz et sa journée à échanger avec des professionnels de la culture venus de toute la Caraïbe?

Les rencontres d’ethnomusicologie étaient organisées par Dominique Cyrille, chargée de la mission patrimoine de Rèpriz, Centre Régional des Musiques Traditionnelles et Populaires de Guadeloupe. Elles ont durée trois journées, en conjonction avec le Festival GwoKa (FGK) qui a lieu tous les ans à Sainte Anne, Guadeloupe. Suite à la demande récente d’inscription du gwoka guadeloupéen sur la liste représentative du patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO, le thème de ces rencontres était: « Mettre en oeuvre la Convention PCI de 2003 dans l’aire géo-culturelle caribéenne. » Pour discuter de cette problématique, Rèpriz avait rassemblé une douzaine de participants venus des Etats-Unis, du Brésil et de plusieurs états caribéens: Alicia Blake (Trinidad), Felix Cotellon (Guadeloupe), Martha Ellen Davis (USA/République Dominicaine), Marie-Helena Laumuno (Guadeloupe), Thomas O. Matthew (Grenade), Rosan Monza (Guadeloupe), Gregory Rabess (Dominica), Edis Sanchez (République Dominicaine), Carlos Sandroni (Brésil), Travis Weekes (Saint Lucia), Jerry Wever (USA). Les bureaucraties cubaines et françaises ont malheureusement conspiré pour empêcher la venue de la musicologue cubaine Caridad Diez.

Carlos Sandroni a ouvert la conférence avec ce qui est peut-être la question centrale en ce qui concerne le PCI: la patrimonialisation est-elle une muséification? Afin de répondre à cette question, Sandroni a exploré les contradictions et les redondances que contient l’expression « patrimoine culturel immatériel. » En effet, le concept de patrimoine, de part son étymologie, renvoie à des choses, des objets, plutôt qu’à des pratiques ou des valeurs. Par contre, parler de « culture immatérielle » est redondant. Contrairement au patrimoine, « culture » et « immatérielle » renvoient tous deux à des pratiques et des valeurs. Cependant ces contradictions comme ces redondances s’expliquent bien lorsqu’on comprend la convention de 2003 comme une réponse à la convention de 1972 pour la protection du patrimoine culturel et naturel et comme une extension de la déclaration des chefs-d’oeuvre du patrimoine immatériel et oral de l’humanité. (Pour une description plus détaillée de ce processus, je vous renvoie au chapitre de N. Aikawa-Faure, “From the proclamation of masterpieces to the Convention for the Safeguarding of Intangible Cultural Heritage, ” Intangible Heritage, sous la direction de Laurajane Smith et Natsuko Akagawa (Routledge, 2009)) Pour Sandroni, la Convention du PCI est avant tout un outil qui permet le control de la représentation des pratiques culturelles. Afin d’éviter une muséification du PCI, il est important de faire valoir, avant tout aux yeux de l’état, le droit des acteurs, praticiens et associations.

A la suite de la communication de Carlos Sandroni, le reste de la mâtiné de jeudi fut consacré à la présentation de diverses pratiques musicales et de leurs liens avec les constructions identitaires. Jerry Wever expliqua comment la musique country états-unienne, créolisée, est devenu un moyen d’expression privilégié de la culture de Sainte Lucie. Marie-Héléna Laumuno s’est tournée vers l’histoire pour expliquer l’attachement que les Guadeloupéens ont pour le gwoka. La présentation de Gregory Rabess fut reportée à vendredi et celle de Caridad Diez, annulée.

L’après-midi de jeudi fut consacrée à une présentation-demonstration des danses et musiques traditionnelles de la République Dominicaine par Martha Davis et Edis Sanchez. Plutôt que de vous ennuyer avec une longue description, je vous offre un petit film, histoire de vraiment vous faire regretter votre absence.

Vendredi les participants se sont penchés plus directement sur la convention avec un panel le matin consacré à l’inventaire du PCI et un autre, l’après-midi, sur les processus d’inscription. Le matin, Thomas Matthew nous a parlé, entre autres choses, de la difficulté qu’ont les états de la Caraïbe à mettre en place des politiques culturelles à long terme, chaque nouveau gouvernement amenant une nouvelle politique culturelle. Pour contrecarrer à ces aléas, le gouvernement de la Grenade a mis en place une charte de politique culturelle nationale, véritable projet de développement sur le long terme, ayant pour but majeur un recensement des archives privées qu’ont assemblé des particuliers, afin de diffuser les informations qu’elles contiennent vers les collectivités.

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Travis Weekes parle des traditions créoles de Sainte Lucie sous le regard de Alicia Blake et Thomas Matthew.

Travis Weekes nous a ensuite présenté ses propres efforts pour documenter les traditions créoles de Sainte Lucie comme les rituels kélé et koutoumba, ainsi que les pratiques des sociétés La Rose et Marguerite, et la tradition des kont (contes)Pour Weekes, ce travail est non seulement un inventaire mais c’est aussi une source d’inspiration pour de nouvelles créations artistiques cherchant à « subvertir la structure et déplacer le cadre » des pratiques coloniales.

Ce fut ensuite le tour d’Alicia Blake de nous parler des efforts que le gouvernement de Trinidad et Tobago a mis en place afin de faire l’inventaire du patrimoine immatériel de cette nation. Ayant ratifié la convention PCI en 2010, le gouvernement trinbagonien a lancé un processus d’inventaire remarquablement démocratique. En effet, au sein de leur Projet d’Inventaire National, le ministère des arts et du multiculturalisme a créé un site internet par le biais duquel tout citoyen peut proposer une pratique culturelle à recenser. Pour ceux qui n’ont pas accès à internet, des formulaires ont été distribués dans les quotidiens ainsi que dans les bibliothèques. Ce projet a éventuellement débouché sur la création du Remember When Institute (RWI) qui continue le projet d’inventaire. Je dois dire que le travail effectuer par la Culture Division du ministère, sous l’égide d’Alicia Blake, est vraiment impressionnant. En particulier, les sites sont aussi beaux que pratique. Blake a aussi expliqué que le site du RWI devrait servir dans le future de portal d’accès à une archive de documents numérisés. On attend ça avec impatience.

La présentation d’Edis Sanchez montra à quel point la démarche de Saint Domingue fut différente de celle de Trinidad. Ici, le gouvernement dominicain décida de proposer l’inscription de pratiques de minorités sur la liste des chefs-d’oeuvre de l’humanité: les rituels de la Confradia del Esperitu Sancto de los Congos de Villa Mella et les chants et danses du Teatro Cocolo Danzante. Ces pratiques furent ensuite basculées sur la liste représentative du PCI alors qu’elles seraient surement plus à leur place sur la liste de sauvegarde urgente. Dans tous les cas, il s’agit ici d’un processus contrôlé par le gouvernement dominicain et non d’efforts venant des communautés concernées.

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Felix Cotellon présente le travail fait par le lyannaj pou gwoka.

Gregory Rabess nous a offert un aperçu des différentes musiques et danses traditionnelles et populaires de la Dominique, du kadri au bouyon en passant par le bélè. Revenant sur le concept de muséification, Rabess a expliqué que les compétitions de musiques traditionnelles en Dominique permettent de maintenir ces pratiques mais risquent de les figer. Enfin Félix Cotellon a expliqué tout le travail fait depuis 2004 pour l’inscription du gwoka sur la liste représentative du PCI. (Je reviendrai bientôt sur ce sujet.)

Les présentations de vendredi ont mis en évidence les approches très divergentes que ces nations ont prise par rapport à la convention de 2003 et illustrent à quelle point cette convention est un outil malléable. Elles ont aussi démontré, s’il le fallait, les grandes differences de moyens entre les états indépendants et les territoires qui ne le sont pas, mais aussi entre des états relativement riches et d’autres qui n’ont pas les mêmes ressources financières.

Samedi matin, les participants se sont penchés sur les retombées de l’inscription. Carlos Sandroni a expliqué que ces retombées sont difficiles à mesurer. En effet, la samba de roda sert avant tout à exprimer une certaine joie de vivre. L’inscription sur la liste représentative du PCI a-t-elle changé cette capacité d’expression? C’est impossible à dire. Ce qu’il y a de certain c’est que l’inscription a encouragé la création de nombreux groupes. A Bahia, le nombre de groupes de samba est passé de 20-25 au moment de l’inscription en 2008, à plus de 90 en 2011 et plus de 100 à l’heure actuelle. Une partie de ces groupes est maintenant professionnelle, ce qui peut mener à une remise en question de la samba comme expression de la joie de vivre. D’après Sandroni, ce qu’on remarque surtout, cependant, c’est que les praticiens de la samba ont appris à se positionner dans plusieurs registres culturels, le registre commercial et le registre personnel, et passent fréquemment de l’un à l’autre. Sandroni nous a aussi présenté la Maison de la Samba de Roda qui contient une bibliothèque, un atelier de lutherie, des dortoirs, un studio d’enregistrement, des salles de cours, ainsi que des instruments. Il a conclu son intervention en soulignant, une fois de plus, que l’inscription sur la liste du PCI ne garantie rien et qu’il faut bien comprendre l’expérience de la samba de roda dans le cadre des circonstances politiques brésiliennes.

D’ailleurs, l’exemple de Saint Domingue illustre parfaitement ces propos. Martha Davis fut assez négative dans son évaluation de l’inscription des pratiques Congo et Cocolo. Il n’y a pas eu de sac d’argent qui est tombé du ciel pour aider ces communautés. Au contraire, les congos se sont retrouvés victime d’une personne peu scrupuleuse qui, leur promettant de les aider à obtenir des bourses, se serait largement servie elle-même. De toutes façons, à la base, il n’est pas certain que la population dominicaine, si elle avait été vraiment consultée, aurait accepté la nomination de pratiques de minorités Afro-Dominicaine. A l’heure où la Republique Dominicaine prépare un nouveau dossier pour l’inscription du merengue, pratique nationale s’il en est, il sera intéressant de voir si le processus se déroule avec un appui plus large de la population.

Pour ce qu’il en est du gwoka, nous sommes toujours dans l’expectative. Rosan Monza a souligné les enjeux politico-culturels très complexes de cette inscription. Pour la Guadeloupe, il s’agit avant tout d’une question de visibilité, la convention devenant un outil de diffusion et l’UNESCO un forum par lequel les petits pays du sud peuvent se faire entendre: diffusion donc non seulement dans des buts commerciaux mais aussi dans des perspectives politiques. Une de ces perspectives les plus importantes pour les pays de la Caraïbe est le développement de politiques de coopérations régionales.

C’est d’ailleurs dans cette perspective que se sont achevées ses rencontres avec une table ronde réunissant tous les participants et cherchant à mettre en place une politique de collaboration pour la mise en oeuvre de la convention sur le PCI dans l’espace Caraïbe. Mais si toutes les personnes présentes ont affiché une bonne volonté sincère, la discussion n’a malheureusement pas abouti sur une projet concret, ni même sur une ébauche de directives. La collaboration inter-régionale dans la Caraïbe se heurt ici à de nombreux problèmes que ce séminaire a d’ailleurs très bien illustré: différentes cultures politiques et bureaucratiques rendent encore plus difficiles les relations sur le long terme entre les organisations gouvernementales des états indépendants et les associations non-gouvernementales, néanmoins soumises aux aléas politiques de leurs métropole, pour les pays non-indépendants. A cela viennent s’ajouter des aspect d’ordre pratique, par exemple les divisions linguistiques au sein de la région: les rencontres de Sainte Anne n’ont pu fonctionner que grâce au travail de deux interprètes. Pour que de véritables collaborations puissent voir le jour dans la Caraïbe, il faudrait que les professionnels de la culture s’engagent à apprendre plusieurs langues: anglais, espagnol, créole francophone, mais aussi hollandais ou papamiento. Il faudrait aussi que la région bénéficie d’une nouvelle infrastructure de transport permettant le voyage rapide d’une ile à l’autre: les périples auxquels les participants ont du faire face pour arriver en Guadeloupe ont révélé à quels points les services offert par Liat, Caribbean Airlines et Air Antilles sont insuffisants. Cependant, on peut espérer que les échanges inter-personnels que ces rencontres ont permis vont, avec un peu de chance et d’efforts, déboucher sur de nouveaux projets de collaborations, qu’ils soient entre artistes, entre associations ou entre états.

Rencontres d’ethnomusicologie, 11 juillet 2013

Les rencontres d’ethnomusicologie organisées par le centre Rèpriz en Guadeloupe ont commencées aujourd’hui, belle journée qui nous a vu traverser la Caraïbe, tels les Tainos, du Brésil à Saint Lucia, de Guadeloupe à la République Dominicaine. Voici quelques images et vidéos de cette première journée.

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Felix Cotellon, president du centre Rèpriz, ouvre la conférence.

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Carlos Sandroni (Brésil) explique les contradictions et les redondances de l’expression « patrimoine culturel immatériel. »

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Jerry Wever (USA) explique pouquoi et comment les musiciens de Saint Lucie créolisent la musique country américaine.

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Marie-Héléna Laumuno (Guadeloupe) parle de l’importance du gwoka dans la société guadeloupéenne.

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Martha Ellen Davis (USA/Dominican Republic) présente les musiques traditionnelles de la République Dominicaine.

Les rencontres d’ethnomusicologie continuent jusqu’à Samedi à l’hotel Rotabas à Sainte Anne, Guadeloupe.